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Des voitures trop difficiles à réparer peuvent-elles devenir inassurables en France ?

Des voitures trop difficiles à réparer peuvent-elles devenir inassurables en France ?

Temps de lecture 7 minutes

Aux Pays-Bas, l’assureur Univé refuse désormais de couvrir plusieurs marques automobiles récemment arrivées sur le marché, notamment chinoises. En cause : les difficultés potentielles à réparer leurs véhicules après un accident. Disponibilité des pièces détachées, accès aux informations techniques et coût des interventions sont au cœur du problème. Une situation qui pourrait-elle se produire en France ? Si l’assurance obligatoire reste accessible grâce à un dispositif légal, obtenir une couverture tous risques pourrait s’avérer plus compliqué.

Aux Pays-Bas, des marques automobiles confrontées à un refus d’assurance

Acheter une voiture ne se résume pas à comparer son prix, sa consommation ou ses équipements. La facilité de réparation et le coût des pièces détachées peuvent également peser lourd dans le budget d’un automobiliste.
C’est ce que rappelle la décision de l’assureur néerlandais Univé, qui a choisi de ne plus accepter certains véhicules de marques récemment arrivées sur le marché. Parmi elles figurent Hongqi, Changan, Voyah, KGM, Leapmotor, VinFast, Jaecoo, MHero et Omoda. Cette décision ne repose pas simplement sur l’origine des constructeurs. L’assureur cherche avant tout à s’assurer qu’un véhicule accidenté pourra être réparé correctement, en toute sécurité et à un coût prévisible.
Plusieurs critères entrent en jeu : la disponibilité des pièces de rechange, l’accès à la documentation technique du constructeur et l’existence d’un réseau de réparateurs qualifiés. Lorsqu’un véhicule reste immobilisé plusieurs semaines faute d’une pièce spécifique, ou que le coût de sa remise en état est difficile à anticiper, le risque financier devient plus compliqué à évaluer pour l’assureur.

Pourquoi certaines voitures sont-elles difficiles à réparer ?

Prenons l’exemple d’une voiture victime d’un choc à l’avant. Le pare-chocs est endommagé, un projecteur doit être remplacé et certains capteurs électroniques nécessitent un contrôle.
Sur un modèle largement diffusé, les pièces sont généralement référencées dans les circuits de distribution habituels et les réparateurs disposent de procédures connues. Pour une voiture récemment commercialisée, la situation peut être plus compliquée. La pièce est-elle disponible en Europe ? Le constructeur fournit-il les informations nécessaires au démontage ? Le remplacement du projecteur nécessite-t-il une programmation ou un calibrage électronique ?
Si les réponses tardent à arriver, le véhicule peut rester immobilisé alors que les dégâts semblent relativement limités.

Des pièces détachées et des compétences indispensables

Les constructeurs nouvellement implantés ne disposent pas toujours d’un stock suffisant de pièces de carrosserie, de vitrages, de projecteurs ou de composants électroniques sur le marché européen. Certaines références doivent alors être acheminées depuis l’étranger, avec des délais parfois difficiles à maîtriser.
La complexité technique des voitures modernes ajoute une difficulté supplémentaire. Radars, caméras, capteurs et calculateurs nécessitent souvent des opérations de diagnostic et de calibrage après une collision.
Les véhicules électriques présentent également des contraintes spécifiques, notamment lorsqu’un choc concerne la batterie de traction ou des composants haute tension. Les réparations exigent alors des équipements adaptés et des techniciens formés.
Ces difficultés ne concernent pas uniquement les marques chinoises. Le véritable enjeu est la capacité du constructeur à fournir les pièces, les informations techniques et l’assistance nécessaires pour permettre aux professionnels de réparer ses véhicules dans de bonnes conditions.

Un assureur français peut-il refuser d’assurer une voiture difficile à réparer ?

Oui, un assureur peut refuser de couvrir un véhicule. En France, l’assurance automobile est obligatoire, mais les compagnies ne sont pas tenues d’accepter toutes les demandes de souscription. Elles peuvent évaluer les risques et décider de ne pas assurer certains véhicules, notamment si les coûts de réparation leur semblent trop élevés ou difficiles à prévoir.
Cela ne signifie pas pour autant que l’automobiliste se retrouve nécessairement sans solution. La loi française prévoit un dispositif permettant aux conducteurs qui essuient un refus de demander l’intervention du Bureau central de tarification (BCT).

Le rôle du Bureau central de tarification

Le BCT permet à un automobiliste soumis à l’obligation d’assurance et confronté à un refus de demander l’intervention de cet organisme pour obtenir la couverture minimale obligatoire.
L’article L. 212-1 du Code des assurances, dans sa version en vigueur depuis le 28 mai 2026, prévoit que le BCT fixe la prime moyennant laquelle l’entreprise d’assurance concernée doit garantir le risque qui lui a été proposé. En cas de refus, l’assureur doit également informer le demandeur de la possibilité de saisir cet organisme.
Une limite importante subsiste toutefois : le BCT ne peut imposer que la garantie obligatoire de responsabilité civile automobile, et non une assurance tous risques. Un véhicule peut donc rester assurable pour circuler légalement, tout en rencontrant des difficultés pour obtenir une couverture complète contre les dommages qu’il pourrait subir. 

Les marques chinoises sont-elles particulièrement exposées ?

L’arrivée de nouveaux constructeurs chinois en Europe rend la question particulièrement visible. Ces marques proposent des véhicules compétitifs, souvent très équipés et parfois électriques, mais doivent également construire un réseau après-vente capable de répondre aux besoins des propriétaires.
Il serait toutefois réducteur d’affirmer que les voitures chinoises sont, par nature, plus difficiles à réparer. La disponibilité des pièces, la qualité de la documentation technique et l’efficacité du réseau de réparation sont les véritables critères à examiner. En France, plusieurs constructeurs ont choisi de s’appuyer sur des groupes de distribution déjà implantés.  Cette implantation facilite potentiellement l’accès aux ateliers et aux services après-vente. Elle ne garantit cependant pas que toutes les pièces seront disponibles rapidement ni que chaque réparateur disposera des compétences et des outils nécessaires.
Le défi est donc double pour ces constructeurs : convaincre les automobilistes à l’achat, mais aussi démontrer qu’ils seront capables d’assurer l’entretien et les réparations de leurs véhicules sur le long terme.

La réparabilité, un critère à prendre en compte avant l’achat

Pour les automobilistes, cette actualité rappelle l’importance de regarder au-delà du prix d’achat et des équipements.
Avant de choisir un véhicule, il est conseillé de comparer plusieurs devis d’assurance et de vérifier les conditions de couverture du modèle précis, notamment pour une formule tous risques. Il est également utile de se renseigner sur la disponibilité des pièces courantes, la proximité du réseau après-vente et les solutions proposées en cas d’immobilisation prolongée.
Ces précautions valent pour toutes les marques. Un véhicule ancien peut lui aussi devenir difficile à réparer lorsque certaines pièces ne sont plus fabriquées ou que les compétences nécessaires se raréfient.
La décision d’Univé rappelle ainsi qu’une voiture ne se juge pas uniquement à ses performances ou à son prix. Sa capacité à être réparée rapidement, en toute sécurité et à un coût raisonnable compte également dans son coût d’utilisation et son assurabilité. En France, le dispositif du BCT protège l’accès à l’assurance obligatoire en cas de refus, mais il ne garantit ni une couverture tous risques ni des tarifs avantageux. Pour les constructeurs, l’enjeu est donc clair : vendre des voitures ne suffit pas. Il faut aussi être capable de les réparer durablement.

 

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