Inodore, incolore, biodégradable, non toxique, non explosif et ininflammable : la liste des propriétés qui définissent l’AdBlue® est longue. Pourtant, malgré ses nombreux atouts, la réputation de ce produit est aujourd’hui ternie par des problèmes techniques récurrents.
Revue Technique Automobile vous explique en détail les dysfonctionnements liés à l’AdBlue®, ainsi que les solutions existantes pour continuer à rouler en toute sérénité.
Qu’est-ce que l’AdBlue® ?
Vous êtes propriétaire d’un véhicule diesel du groupe PSA de moins de 10 ans, ou d’un modèle Renault de moins de 6 ans ? L’AdBlue® vous est forcément familier.
Cette solution aqueuse porte le nom officiel AUS 32 ; AdBlue® en est l’appellation commerciale. Elle est indispensable pour permettre aux véhicules diesel de respecter les normes européennes antipollution Euro 6.
Composé de 67,5 % d’eau déminéralisée et de 32,5 % d’urée (un composé synthétique à base d’ammoniac), l’AdBlue® permet de transformer 80 à 90 % des oxydes d’azote (NOx) présents dans les gaz d’échappement en azote et vapeur d’eau, deux substances inoffensives.
Sur le papier, cette solution a tout pour séduire : elle dépollue efficacement sans représenter de danger pour le conducteur ou ses passagers. Dans la pratique, elle peut toutefois générer plusieurs dysfonctionnements.
Comment fonctionne l’AdBlue® ?
Pour comprendre le fonctionnement de l’AdBlue®, il est nécessaire de revenir sur la technologie SCR (Selective Catalytic Reduction), présente sur les véhicules diesel depuis une dizaine d’années.
Bon à savoir
Si votre véhicule est équipé d’un filtre à particules utilisant la technologie SCR, il dispose obligatoirement d’un réservoir AdBlue®.
Seuls certains véhicules plus anciens équipés d’un piège à NOx (NOx trap), comme certains modèles Renault jusqu’en 2018, n’utilisent pas d’AdBlue®.
La pollution : un enjeu majeur des moteurs diesel
Après la combustion du carburant, un moteur diesel rejette des gaz d’échappement chargés en oxydes d’azote, issus de la réaction entre l’oxygène et l’azote à haute température. Ces gaz sont particulièrement nocifs pour la santé et l’environnement, constituant un enjeu majeur de santé publique.
C’est précisément pour répondre à cette problématique que les constructeurs ont adopté la technologie SCR.
La technologie SCR, un système de dépollution efficace
Grâce à un catalyseur spécifique, la SCR permet de convertir les oxydes d’azote en eau et en azote. Elle est aujourd’hui l’une des solutions les plus répandues pour répondre aux exigences des normes Euro 6, toujours plus strictes.
Ce système nécessite l’ajout d’un réservoir dédié à l’AdBlue®, qui joue un rôle central dans le processus.
Le réservoir : point de départ du traitement
Naturellement corrosif, l’AdBlue® est stocké dans un réservoir spécifique de 10 à 20 litres, conçu en plastique renforcé ou en acier inoxydable. Il est facilement identifiable grâce à son bouchon bleu et peut être situé :
- à proximité du réservoir de carburant ;
- sous le capot moteur ;
- dans le coffre.
L’injection : la phase de transformation
Lors de certaines phases de conduite, notamment la décélération, le mélange eau-urée est injecté sous forme de brouillard dans la ligne d’échappement, en amont du catalyseur. Cette pulvérisation facilite sa montée en température jusqu’à environ 190 °C, déclenchant deux réactions successives :
1. la décomposition de l’urée en ammoniac (NH₃) et en acide isocyanique (HNCO) ;
2. la vaporisation de l’eau, qui réagit avec l’acide isocyanique pour former du dioxyde de carbone (CO₂) et de l’ammoniac.
L’AdBlue® passe alors de l’état liquide à l’état gazeux afin de traiter les gaz d’échappement.
La catalyse : l’étape finale de dépollution
Dans le catalyseur SCR, l’ammoniac réagit avec les oxydes d’azote issus de la combustion. Cette réduction catalytique sélective transforme les NOx en azote (N₂) et en vapeur d’eau (H₂O), deux éléments sans danger pour l’environnement.
AdBlue® : à chaque problème sa solution
Depuis 2019, tous les véhicules diesel commercialisés en Europe doivent être équipés d’un système AdBlue®. Si son efficacité environnementale est avérée, ce dispositif est néanmoins à l’origine de pannes fréquentes, principalement liées à la cristallisation.
La cristallisation, principal défaut de l’AdBlue®
Problème
L’AdBlue® est très sensible aux variations de température. En dessous de –11 °C, il gèle ; au-delà de 30 °C, il peut se dégrader. Par ailleurs, si les gaz d’échappement ne permettent pas d’atteindre la température optimale de 190 °C, des cristaux d’urée peuvent se former.
Ces cristaux peuvent endommager :
- le réservoir ;
- le système SCR ;
- les conduites et le filtre à particules.
À terme, c’est l’ensemble du système de dépollution qui est affecté.
Solution
Les constructeurs ont amélioré les systèmes de régulation thermique. Pour les véhicules non équipés, l’usage d’additifs anti-cristallisants, à titre préventif ou curatif, reste la solution la plus efficace.
Déformation du réservoir AdBlue®
Problème
La cristallisation peut provoquer une déformation progressive du réservoir, entraînant un désalignement du bouchon, des difficultés de remplissage, voire des fuites.
Solution
Un réservoir défectueux doit être remplacé. L’opération, souvent indissociable du remplacement de la pompe, coûte entre 1 000 et 1 500 €. Certains moteurs 1.6 et 2.0 BlueHDi peuvent encore bénéficier d’une prise en charge partielle selon l’âge et le kilométrage.
Voyants d’alerte et dysfonctionnements électroniques
Problème
En cas d’anomalie, un voyant AdBlue® s’allume sur le tableau de bord (icône bleue, mention « UREA » ou pompe à carburant rouge). Il signale un dysfonctionnement nécessitant une intervention rapide.
Solution
Un simple remplissage suffit parfois. Si le voyant persiste, une mise à jour du calculateur ou un diagnostic en atelier est indispensable.
Capteur de niveau bloqué ou encrassé
Problème
Le capteur de niveau AdBlue® peut être obstrué par des cristaux, entraînant une perte de performances et une augmentation des émissions polluantes.
Solution
Un nettoyage ou un remplacement du capteur peut suffire. Dans les cas les plus graves, le système AdBlue® complet doit être remplacé.
Problèmes de pression dans le circuit
Problème
La cristallisation peut provoquer des dysfonctionnements de pression, affectant la pompe et les capteurs.
Solution
Lorsque ces pannes sont avérées, le remplacement complet du réservoir reste souvent la seule option fiable.
En résumé
L’AdBlue® est une solution indispensable pour réduire les émissions d’oxydes d’azote des véhicules diesel équipés de la technologie SCR. Son principal défaut réside dans sa tendance à la cristallisation, source de nombreuses pannes.
L’utilisation régulière d’additifs anti-cristallisants permet de limiter les risques, mais lorsque les dommages sont importants, un remplacement du réservoir et de ses composants peut s’avérer inévitable.