Discrètes, banalisées et redoutées par de nombreux automobilistes, les voitures-radars sillonnent les routes françaises depuis plus d’une décennie. Pourtant, malgré leur présence de plus en plus importante sur nos routes, on connaissait jusqu’à présent peu d’informations détaillées sur leur activité. Pour la première fois, la Sécurité routière a publié des statistiques départementales précises concernant les verbalisations réalisées par ces véhicules embarquant un radar mobile nouvelle génération (RMNG). Des informations inédites permettant de savoir où les voitures-radars sont les plus présentes et les plus actives. Les résultats sont parfois surprenants : certains départements enregistrent plusieurs dizaines de milliers de contraventions quand d’autres affichent un score proche de zéro.
Classement du top 10 des départements où les voitures-radars privées verbalisent le plus
En 2024, elles ont permis l’établissement d’environ 932 500 avis de contravention, soit une baisse d’environ 25 % par rapport à 2023. Malgré cette baisse, le volume reste considérable. Chaque jour, des milliers d’automobilistes sont ainsi contrôlés sans même s’apercevoir de la présence du radar embarqué.
Les chiffres publiés par la Sécurité routière permettent désormais d’établir un classement précis des départements où les voitures-radars ont dressé le plus grand nombre de contraventions.
En tête du classement figurent :
- Oise (60) : 29 827 contraventions
- Charente-Maritime (17) : 29 401 contraventions
- Seine-Maritime (76) : 27 892 contraventions
- Eure (27) : 27 633 contraventions
- Gironde (33) : 26 833 contraventions
- Aisne (02) : 26 181 contraventions
- Somme (80) : 26 052 contraventions
- Deux-Sèvres : 23 714 contraventions
- Nord (59) : 23 225 contraventions
- Manche (50) : 21 203 contraventions
Ces départements concentrent une activité particulièrement intense des véhicules-radars. Le phénomène s’explique notamment par l’importance du réseau routier secondaire, mais aussi par la fréquence des déplacements pendulaires et du trafic de transit.
À l’inverse, certains départements affichent une activité inexistante. Lot, Hautes-Pyrénées, Ain, Allier, Alpes-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Ardèche, Ariège, Aude, Aveyron, Bouches-du-Rhône, Cantal, Drôme, Corse-du-Sud, Haute-Corse, Gard, Haute-Garonne, Gers, Hérault, Isère, Loire, Haute-Loire, Lot, Lozère, Puy-de-Dôme, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Orientales, Rhône, Savoie, Haute-Savoie, Paris, Seine-et-Marne, Yvelines, Tarn, Tarn-et-Garonne, Var, Vaucluse, Essonne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Val-d'Oise : ces départements enregistrent en 2024 aucune contravention ! Ces chiffres démontrent à quel point le risque de croiser une voiture-radar privée varie énormément selon les territoires.
Contrairement aux idées reçues, les voitures-radars ne sont pas principalement utilisées dans les centres-villes ou sur les autoroutes mais sur le réseau secondaire. Les données montrent qu’environ 65 % des contrôles sont effectués sur des routes limitées à 80 km/h. Les routes à 90 km/h représentent environ un quart des mesures réalisées. Les routes départementales concentrent une part importante des accidents graves et mortels. Les autorités privilégient donc ces axes pour leurs opérations de contrôle.
Les voitures-radars privées largement plus rentables
Depuis plusieurs années, l’État externalise progressivement la conduite de ces véhicules auprès de sociétés privées spécialisées. Le dispositif, baptisé « Dexter » (Dispositif de voitures-radars à conduite externalisée), est désormais présent dans une grande majorité des départements français. À nombre de véhicules quasiment équivalent, les voitures conduites par des opérateurs privés constatent près de trois fois plus d’infractions que celles utilisées par les forces de l’ordre.
En moyenne une voiture-radar privée relève environ 37 infractions par jour et une voiture-radar conduite des forces de l'ordre environ 13. Cette différence s’explique notamment par un temps de circulation beaucoup plus important. Les prestataires privés ont pour mission de rouler plusieurs heures quotidiennement sur des itinéraires prédéfinis, alors que les forces de l’ordre doivent partager leur temps entre de nombreuses autres missions.
Ce qu’il faut retenir
Ces statistiques inédites mettent en lumière une réalité méconnue : les voitures-radars ne sont pas réparties uniformément sur le territoire français. Les automobilistes de l’Oise, de la Charente-Maritime ou encore de la Seine-Maritime sont nettement plus exposés aux contrôles que ceux du Lot ou de l’Aveyron. Une certitude demeure : sur les routes secondaires limitées à 80 km/h, ces véhicules banalisés restent aujourd’hui l’un des outils de surveillance efficaces du dispositif français de lutte contre les excès de vitesse. Même si elles restent moins productives que l’ensemble des radars fixes, tourelles ou autonomes, les voitures-radars occupent aujourd’hui une place centrale dans la stratégie de contrôle routier française.
Contrairement à un radar fixe dont l’emplacement est connu des habitués, elles peuvent intervenir sur une multitude d’itinéraires et rendre le contrôle beaucoup plus imprévisible. Avec l’extension continue du programme Dexter et la généralisation progressive de la conduite externalisée, tout indique que leur rôle continuera de grandir dans les années à venir.