L’UE renonce au tout électrique pour 2035 et maintient une part limitée de voitures thermiques ! Le 16 décembre dernier, l’Union européenne a officiellement annoncé qu’elle n’imposerait finalement pas un passage total au véhicule électrique en 2035. Cette décision marque un tournant majeur après plusieurs années de stratégie axée sur l’élimination progressive des moteurs thermiques. Désormais, les constructeurs auto pourront continuer à vendre une part limitée de voitures thermiques ou hybrides après 2035, sous conditions strictes.
Cette évolution survient dans un contexte où l’industrie automobile européenne traverse une profonde crise : baisse de la demande, explosion des coûts industriels, concurrence chinoise agressive et difficultés persistantes dans la démocratisation du 100 % électrique. Les constructeurs européens réclamaient depuis de nombreux mois un allègement réglementaire, jugeant l’objectif initial trop ambitieux dans les délais impartis.
Pourquoi l’UE a-t-elle assoupli sa position sur le tout électrique ?
Une industrie fragilisée et sous pression
La Commission européenne a justifié cette décision par une approche plus « pragmatique », face aux difficultés rencontrées par les constructeurs pour proposer des gammes intégralement électriques dès 2035, combinées à une adoption des automobilistes insuffisante.
Les ventes de voitures neuves ont chuté et la production européenne accuse un recul de près de 3 millions d’unités sur six ans, tandis que l’intérêt du public pour les petites voitures abordables ne cesse de diminuer. Les constructeurs, paralysés par la hausse des coûts et les normes successives (Euro 7 notamment), craignaient un désavantage compétitif fatal face aux géants chinois comme BYD dont les véhicules électriques, moins chers, inondent déjà le marché européen.
Un Pacte vert européen réajusté
L’interdiction totale des moteurs thermiques en 2035 constituait l’un des piliers du Pacte vert européen visant la neutralité carbone en 2050. Mais plusieurs signaux montraient déjà que l’UE faisait petit à petit machine arrière sur plusieurs aspects environnementaux, dans un virage assumé en faveur de la compétitivité industrielle.
Ce que prévoit réellement l’UE pour 2035
Fin du 100 % électrique
La nouvelle réglementation n’impose plus que les véhicules neufs soient exclusivement électriques en 2035. À la place, les constructeurs devront réduire de 90 % les émissions moyennes de CO₂ de leurs ventes par rapport à 2021 et compenser les 10 % restants par des mécanismes validés (acier bas carbone, carburants de synthèse, biocarburants…).
Des voitures thermiques encore autorisées, mais en nombre limité
Concrètement, après 2035 voici ce qui sera encore autorisé :
• Des véhicules hybrides rechargeables
• Des hybrides à prolongateur d’autonomie
• Des thermiques de niche capables de respecter les seuils d’émissions
• Des modèles utilisant des carburants synthétiques (e fuels) ou biocarburants, considérés comme neutres en CO₂ dans certains cadres réglementaires
Ces véhicules ne devraient représenter qu’une part minoritaire du marché.
L'Europe réarme son industrie automobile
Le retour d’une politique industrielle européenne
La Commission présente ce nouveau cadre comme la première stratégie industrielle automobile européenne : aides d’État orientées, développement massif des batteries via le programme Battery Booster et obligation de s’approvisionner en composants fabriqués en Europe pour les constructeurs qui reçoivent des financements publics.
Un soutien accru aux petites voitures électrique
Pour contrer les voitures chinoises bon marché, l’Europe veut accélérer la création d’une nouvelle catégorie, les M1E, c’est‑à‑dire de petites voitures électriques fabriquées dans l’UE et vendues à moins de 20 000 €. Elles donneront droit à des super‑crédits carbone pour encourager les constructeurs à les produire.
Les réactions : entre soulagement, colère et inquiétude
Les constructeurs : un bol d’air nécessair
Les industriels européens saluent une décision attendue de longue date. Beaucoup y voient une bouffée d’oxygène, leur permettant de planifier la transition électrique sur un rythme réaliste tout en évitant un effondrement des ventes et des emplois.
Les ONG environnementales : une erreur stratégique
Des organisations comme Transport & Environment et Greenpeace dénoncent un choix qui pourrait ralentir l’électrification, créer un retard supplémentaire par rapport à la Chine, et compromettre les objectifs climatiques européens.
Les États membres : entre défense industrielle et objectifs climatiques
L’Allemagne, l’Italie et plusieurs États producteurs d’automobiles ont fortement poussé pour cet assouplissement, tandis que d’autres pays plus sensibles aux enjeux environnementaux craignent un affaiblissement du Pacte vert.
Qu'est‑ce que cela change pour les conducteurs ?
Une diversité de motorisations jusqu’en 2035 et au‑delà
Contrairement à ce que beaucoup pensaient, les moteurs thermiques ne disparaîtront pas en 2035.
Cela laisse le temps à :
• Des innovations sur les carburants alternatifs
• Des hybrides plus efficients
• Des thermiques ultra‑optimisés encore accessibles
Une transition moins brutale pour les ménages
Les prix d’achats élevés de l’électrique, conjuguée au manque d’infrastructures de recharge homogènes en Europe, faisait craindre une fracture sociale… Cet assouplissement permet une transition plus progressive.
Une incertitude sur les prix
Les modèles thermiques restant sur le marché seront très optimisés d’un point de vue CO₂, donc certainement plus coûteux. À l’inverse, les électriques pourraient voir leurs prix diminuer grâce aux investissements industriels et aux nouvelles catégories M1E.
Un compromis entre écologie, économie et réalisme
La décision de l’UE offre donc moins de contraintes uniformes, plus de flexibilité technologique et surtout une vision industrielle plus réaliste. Dans ce nouveau paysage, les voitures thermiques ne disparaîtront pas, mais deviendront des produits de niche. Certaines seront réservées à des segments spécifiques ou à des marchés où l’infrastructure électrique reste insuffisante.
En renonçant officiellement au tout électrique pour 2035, l’Union européenne reconnaît les limites d’une transition forcée et accélère vers une stratégie plus équilibrée. Cette décision reflète une tension permanente entre ambitions climatiques, compétitivité mondiale et préservation de l’emploi. Pour les passionnés d’automobile, cela signifie que les voitures thermiques auront encore leur place après 2035, mais dans un cadre très encadré, limité et exigeant. Pour l’industrie, c’est un signal fort : l’avenir est électrique, mais pas uniquement.